Les histoires d’Alakawa

 

Je vais te raconter une histoire de mon peuple

La petite brodeuse

Il était une fois une jeune fille de la tribu qui avait une passion pour manier le fil et l’aiguille. Elle n’était pas comme ses amies qui se contentaient de filer et tisser la laine pour la confection de leurs vêtements. Elle se dépêchait de faire toutes les tâches qui lui incombaient pour le bien de la tribu pour avoir du temps et broder. Elle égayait toutes ses tenues, trouvant son inspiration dans la nature ou dans les légendes de ses ancêtres. Ses amies trouvaient que c’était une perte de temps, mais n’en restaient pas moins impressionnées de la beauté de son travail, aussi la respectaient-elle.

Un jour, un de ses amis revint blessé d’une chasse. Une ourse les avait surpris et attaqués. Ce n’était pas fréquent, et il aurait dû guérir, même s’il avait gardé une cicatrice profonde. Mais son esprit semblait empoisonné et ne voulait revenir à la raison. La fièvre le tenait depuis dix jours et personne ne savait que faire. La petite brodeuse était très triste de cette situation. Elle aimait profondément son ami et souhaitait du fond de son cœur trouver une solution pour apaiser son mal. Elle se mit à penser à l’ourse qui avait dû avoir peur, à son ami que la colère avait dû aveugler. Et elle broda sur une couverture. Elle sentait inconsciemment que des esprits avaient été dérangés, perturbés, et qu’ils étaient la cause du malheur de son ami.

Elle broda la nature dans son abondance, elle broda l’ourse et son petit dans un moment de bonheur, elle broda son ami qui rentrait victorieux de sa chasse, souriant et fier de nourrir sa famille. Et elle entoura toute la scène de symboles qu’elle voyait dans son cœur en y mettant l’intention d’apaiser les esprits. Nuit et jour, elle broda sans relâche. Personne n’osa la déranger, la voyant si absorbée par son ouvrage. Deux jours entiers il lui fallut pour arriver au bout de son travail, elle se leva enfin de son siège, alla déposer la couverture sur son ami et s’endormi profondément à côté de lui. Elle rêva.

Au-dessus d’elle et de son ami, elle voyait la colère figée dans une expression de tourmente. Elle apercevait plus loin l’ourse prête à se battre contre l’homme qui menaçait son fils. Alors la petite brodeuse tenta désespérément d’expliquer à l’ourse que son ami ne voulait pas toucher à son petit, qu’il était juste parti chasser le bison pour nourrir sa famille. L’ourse la regarda profondément. La petite brodeuse se senti pénétré par la force de l’ourse jusqu’au plus profond de son âme. Comme par enchantement, elle vit la scène qu’elle avait brodée s’animer sous ses yeux. L’ourse lui montra son territoire, zone dont elle interdisait l’accès aux hommes. Si la tribu s’engageait à respecter son espace de vie, alors l’ourse emploierait sa magie à guérir son ami. Le cœur de la jeune brodeuse s’illumina de bonheur. L’ourse ajouta : « brode pour les Esprits, ils te parleront à travers le fil et l’aiguille. »

Au petit matin suivant, lorsque la brodeuse ouvrit les yeux, elle vit que son ami était réveillé. Il était encore faible, mais conscient, et la regardait en souriant.

« L’ourse m’a demandé de veiller sur toi. La douleur qu’elle m’a infligée m’a mis tellement en colère que je n’arrivais pas à sortir mon esprit de cet espace en moi. Tu m’as sauvé. Ta broderie m’a sauvé. Tu peux compter sur moi pour être à tes côtés chaque jour de notre vie. »

Bien sûr qu’elle le désirait !

Après une bonne journée de repos, la petite brodeuse repris son fil et son aiguille. Elle broda pour les Esprits, leur demandant de veiller sur sa tribu, sur ses amis et chacun voulu une de ses broderies sur son manteau pour être en paix avec le monde qui les entourait.

 

Et que la Lumière nous accompagne pas à pas !