Extrait : Le rêve.

 

Céline part se reposer. Toutes ces émotions et ces réflexions l’ont épuisée. Alors qu’elle s’endort profondément, l’Ange veille sur elle. Elle rêve.

Dehors, il fait froid. Une petite fille est sans manteau dans la neige et elle se demande bien pourquoi elle n’a pas pensé à se couvrir davantage. Une lueur apparaît au loin, alors grelottante, elle se dirige vers cet espoir de chaleur. Dans le brouillard, elle a du mal à trouver un chemin praticable et elle peine, chacun de ses pas s’enfonçant profondément dans la neige. Elle est de plus en plus frigorifiée. L’idée lui vient un moment de laisser tomber, de s’asseoir et d’attendre la fin à cet endroit. Puis elle se reprend. Hors de question de baisser les bras si près du but. Alors elle puise dans ses dernières ressources, dans toute la force de sa volonté, en étant persuadée que les Anges vont la guider. Comme par miracle, le chemin semble plus facile. La lumière se rapproche. C’est une chaumière. Elle finit par en atteindre la porte et frappe. On lui ouvre. La petite fille est surprise, elle ne s’attendait pas à un intérieur aussi somptueux et chaleureux à la fois. On lui propose des vêtements de rechange et une serviette pour qu’elle puisse se sécher, puis on l’installe devant un bon feu de cheminée. Elle se sent bien, l’impression de se trouver soudain au cœur du monde. Elle ne voit pas ses hôtes, elle sait qu’elle les connait, mais en réalité, c’est sans importance. L’amour qu’ils lui apportent est totalement sans condition. La petite fille, dans son cœur, entame une prière d’action de grâce. « Chers Anges, Chers Guides, toi mon âme, toi la Lumière, merci d’être dans ma vie et de me guider à chaque instant. »

Céline se réveille, un sourire aux lèvres. L’Ange la regarde avec tendresse. Puis il lui demande.

« Pourquoi avoir choisi un paysage enneigé alors que tu n’étais couverte que de ta petite robe ?

– Bonjour, comment vas-tu ce matin ? Bien ? J’en suis ravi. Moi aussi je vais bien. Tu sais cette nuit, j’ai fait un magnifique rêve. Pourtant au début, j’ai bien cru mourir… Pourrais-tu, une fois de temps en temps, s’il te plaît, faire semblant de ne pas tout savoir de moi ?

– Qu’est-ce que cela changerait ? Tu me reprocherais sans doute de faire semblant. »

Céline partit à rire. Vraiment discuter avec un Ange n’était pas de tout repos. Mais il avait sûrement raison. L’Ange lui demanda :

« Vas-tu répondre à ma question ?

– Tu aurais dû deviner cher Ange que je cherchais à gagner du temps pour trouver la réponse ! Je dois avoir la croyance qu’arriver au cœur du monde est quelque chose de difficile, on doit suivre un chemin initiatique, faire face à la mort et tout le tralala. C’est très folklorique cette histoire finalement. Mais dis-moi, est-ce que tu sous-entends que je crée mes propres rêves ? Même quand je dors ?

– Souvent les rêves sont une activité du mental. Parfois ils sont issus directement de ton âme. Quand tes rêves viennent de ton mental, alors toutes les croyances que tu as intégrées dans ta vie dirigent ton rêve.

– Donc même si je rêve du cœur du monde, c’est une activité du mental ? Le fourbe ! Je croyais avoir fait un super rêve spirituel !

– Pourtant tu l’as dit toi-même, c’est une histoire très folklorique avec tout le tralala. Que croyais-tu ?

– Mon orgueil en prend un coup-là. Donc même dans mes rêves, je devrais laisser être et élargir le cadre ? Comment je pourrais faire ça ?

– Commençons par élargir le cadre de ton rêve, veux-tu ?

– C’est malin, répondit-elle en éclatant de rire, maintenant j’ai l’impression d’assister au tournage d’un film avec un pompier qui envoie de la fausse neige. Je me sens ridicule. Je ne vois même pas si le pompier est beau…

– Elargit un peu plus le cadre alors.

– Je sens un regard bienveillant au-dessus de cette scène. Un regard d’amour pour moi qui dirait : « mais contre quoi tu bats-tu ? Regarde, je suis là et je t’aime. » Il est tellement bon et doux ce regard. D’où vient-il ?

– Elargit le cadre, lui répondit l’Ange en parlant doucement.

– Encore ! Euh… c’est comme si cette scène se jouait à l’intérieur de moi. Mais un moi tellement grand, en fait, je suis bouleversée. C’est comme si je savais, mais que mon mental bloquait.

– Elargit encore, dit-il toujours plus doucement.

– J’ai l’impression d’être aussi grande que l’Univers et de l’englober autant qu’il est à l’extérieur. Non, il est dedans…

– Maintenant, ramène cette conscience élargie vers la petite fille de ton rêve.

– La petite fille est émue, les larmes coulent toutes seules. Elle brille et la neige fond sous ses pieds. La chaumière est devant elle, mais elle n’a plus besoin de s’y réfugier, ce n’est pas vraiment le cœur du monde. C’est elle le cœur du monde, il est en elle.

Tous deux font silence quelques instants, puis Céline demande :

« Comment pourrais-je rester consciente de ça dans mon quotidien ? »

L’ange prit son temps pour lui répondre.

« En élargissant ton cadre, encore et encore et encore. Tu viens de voir jusqu’où actuellement tu pouvais l’élargir. Jusqu’ici, tu ne t’étais autorisé qu’à l’élargir un petit peu. Ça te donnait quelques réponses et tu étais satisfaite. Tu sais que tu vas pouvoir aller beaucoup plus loin maintenant et ainsi accéder à d’autres informations, non pas juste pour satisfaire ton mental, mais bien pour créer le monde nouveau auquel tu aspires tant. »

 

Et que le Lumière nous accompagne pas à pas !