En ce moment je me pose beaucoup de question sur le laisser être. Pour moi, pour mes enfants, ce n’est déjà pas simple. Et quand je vois dans quel état nous sommes en train de mettre notre planète je me pose encore plus de questions. Après avoir passé un bon moment à méditer à ce sujet, j’ai décidé de poser la question à l’intéressée : la Vie… Voici sa réponse :

« Je vais te raconter une histoire.

Il était une fois, un petit moineau persuadé qu’il était né pour sauver le monde. Tout le monde le raillait. Lui, si petit, que pourrait-il bien faire pour sauver le vaste monde ? Petit moineau se découragea, pourtant, au fond de lui, il était sûr que c’était possible, il voulait croire à son histoire. Il était là pour ça. Alors le petit moineau décida de suivre sa route. Il quitta ceux qui doutaient de lui et chercha des gens, animaux ou autres qui croiraient en lui.

La première personne qu’il rencontra fut un hérisson. Il s’était fait mal à la patte et avait bien du mal à se déplacer. Le petit moineau lui proposa de regarder sa patte et il y trouva une vilaine écharde. Avec son petit bec, il n’eut aucune difficulté à lui enlever. Tout de suite, le hérisson se sentit mieux. Petit moineau laissa éclater sa joie en une joyeuse trille qui mit du baume au cœur du hérisson. En effet, celui-ci était triste, comme il était blessé, il avait perdu sa famille de vue et ne savait plus où la chercher.

« Aucun problème lui dit le petit moineau. Je vais voler pour toi à leur recherche et ensuite je te guiderai vers ta famille.

– Tu peux vraiment faire ça, toi, si petit ?

– Bien sûr je peux, regarde  » Et il s’envola !

Petit moineau vola à droite, à gauche, voleta entre les arbres et dans les hauteurs du vent frais. Nulle trace d’une famille de hérissons. Il allait baisser les ailes quand on attention fut attirée par des pleurs. Interloqué, il descendit vers le sol et aperçut un autre moineau blessé. Son aile semblait mal en point. Le petit moineau se demandait bien ce qu’il pouvait faire pour l’aider, il se sentit soudain inutile. Il s’agissait en fait d’une jeune demoiselle moineau, et sans la protection d’un arbre, elle risquait de ne pas passer la nuit. Sans compter qu’il n’avait pas réussi non plus à retrouver la famille de son ami hérisson. A défaut de mieux, il proposa à la jeune dame de se poser sur un lit de feuille qu’il lui prépara et alla chercher le hérisson pour qu’ils trouvent une solution tous ensembles.

Quand ils furent réuni tous les trois, le jour tombait. Le hérisson proposa de creuser un petit terrier confortable où ils pourraient tous s’installer. Cela semblait tellement étrange aux deux oiseaux qu’ils ne savaient que dire. Mais le hérisson commença son ouvrage, et avant la nuit, les trois amis furent installés en sécurité. Petit moineau désespérait. Il voulait sauver le monde et le voilà bloqué sous terre avec un hérisson perdu et un moineau à l’aile cassée. Il était minable. Tout cela le dépassait. Pourquoi donc avait-il cru qu’il pourrait sauver le monde ? Après avoir tourné la question dans tous les sens, il finit par s’endormir.

Le lendemain matin, le petit moineau se sentait mieux, il avait fait un drôle de rêve pendant la nuit. Un étoile lui avait parlé de son avenir et même s’il ne se souvenait pas de tout, il sentait que l’espoir était revenu dans son cœur. De joie, il se mit à chanter de tout son cœur. Réveillant ses amis, il sortit de leur cachette et sauta dans l’herbe à la recherche de nourriture. Son cœur était joyeux et léger et il continua son chant lumineux. A ses côtés, le hérisson et la petit femelle moineau ne bougeaient pas, se contentant de l’écouter bouche bée. Jamais un moineau n’avait chanté comme lui ce matin. Son chant réchauffait les cœurs, illuminait les esprits, apaisait les peurs et les souffrances. Ses deux amis n’en revenaient pas tant ils se sentaient bien. Soudain le petit moineau remarqua l’attitude de ses amis, puis il vit aussi d’autres animaux autour de lui qui semblaient l’écouter en silence. Intimidé, il se tut.

– Comment fais-tu ça ? Lui demanda le hérisson

– Faire quoi ?

– Nous rendre si heureux, rien qu’en chantant !

Alors petit moineau regarda tous les animaux présents les uns après les autres et il les vit tous hocher la tête approuvant les paroles du hérisson.

– Mais je ne sais pas comment je fais, je chante, je suis heureux, c’est tout !

– Tu es un véritable magicien, affirma une belette tout proche, je me sentais énervée ce matin et maintenant je suis toute apaisée.

– Moi j’ai eu peur après avoir croisé une voiture sur la route et voilà que je me sens en sécurité à nouveau depuis que j’ai entendu ton chant rajouta un écureuil.

Petit moineau très gêné, remercia tout le monde et recommença à picorer dans l’herbe. Il n’en revenait pas. Que s’était-il passé ? Chacun finit par repartir à ses occupations et les trois amis se retrouvèrent à nouveau seuls.

– Arrêtez de me regarder comme ça, je n’ai fait que chanter !

Pourtant dans son cœur, il comprenait bien que quelque chose d’important venait de se produire. Il devait s’entraîner et essayer de chanter le plus beau chant du monde. Alors chaque jour, petit moineau s’entraîna. Il continua à chercher la famille du hérisson, en vain, s’occupa patiemment de son amie à l’aile blessée jusqu’à ce qu’elle guérisse et il chantait, chantait, chantait, cherchant la note juste, la vocalise parfaite. Mais la magie n’opérait plus. Plus jamais les animaux ne s’arrêtèrent en extase devant son chant.Pourquoi ? De nouveau il eut l’impression que personne ne pouvait le comprendre et un matin, il décida de repartir à la recherche de gens qui croiraient en lui. Il dit adieu à ses amis. Ceux-ci furent tristes de sa décision. Mais petit moineau ne pouvait décemment pas rester auprès de gens qui ne croyaient pas en lui. Alors son amie, dont l’aile était guérie lui fit remarquer :

 » Mais est-ce que tu crois en toi ? »

Le petit moineau en fut abasourdi. Comment osait-elle ? Bien sûr qu’il croyait en lui, c’était bien pour ça qu’il partait, pour prouver au monde qu’il avait raison !

« Mais, répondit-elle, tu m’as sauvé, sans toi je serais sûrement morte à l’heure qu’il est, alors que je peux à nouveau voler. Grâce à toi et à hérisson que tu m’as fait rencontrer, j’ai changé mon monde, je me suis adaptée et maintenant je me sens plus forte que jamais !

– Moi aussi tu m’as sauvé; surenchérit le hérisson, tu as soigné ma patte, et alors que je me croyais perdu, tu m’as offert un foyer et une famille. Ne pars pas s’il te plaît !

– Je vous ai peut-être sauvé, répondit le petit moineau, mais je dois sauver le monde, vous comprenez ? Vous n’êtes pas le monde !

Le petite femelle se retourna et s’envola en pleurant. Le hérisson le regardait, déçu. Petit moineau n’en tint pas compte, il s’envola vers un nouvel horizon. Il vola, s’arrêtant à peine, une nuit, un jour, une nuit encore et un matin, il se retrouva face à une immense étendue d’eau. Il aperçut un héron non loin de là, ainsi que plusieurs mouettes. Alors il testa son chant. Rien ne se produisit. « Ils ne comprennent rien » pensa-t-il, alors il longea la côte à la recherche d’êtres qui le comprendraient. Cela dura une année. Une année à essayer ses meilleurs chants, ses plus belles vocalises sans jamais toucher qui que ce soit. Il était de plus en plus désespéré. Que lui avait donc dit l’étoile de son rêve pour que son chant ce matin là soit si magique ? Et soudain, il se souvint. Elle lui avait dit qu’il chercherait longtemps à l’extérieur ce qu’il avait depuis toujours dans son cœur. Et que le jour où il ferait enfin le lien entre l’intérieur de son cœur et ce que la vie lui offrait à l’extérieur, alors il serait en mesure de sauver son monde. C’est ce qui l’avait rendu si heureux ce matin là, de savoir qu’il y arriverait. Comment avait-il pu oublier cela ? Pourquoi avait-il cherché à faire les plus belles vocalises possibles ? La magie ne venait pas de la technique, elle venait de son cœur ! Et son cœur, c’était… c’était… Mais oui, c’est cette jeune demoiselle moineau qui avait fait battre son cœur ainsi, c’est son ami le hérisson qui leur avait créé un abri, c’est la nourriture qu’il picorait dans l’herbe joyeusement avec ceux qu’il aimait. Comment avait-il pu louper tout cela ? Il devait rentrer. Tant pis s’il ne sauvait pas le monde, tant pis s’il ne faisait pas les meilleures vocalises du monde. Sa place était auprès de ceux qu’il aimait. Mais n’était-ce pas trop tard ?

Il vola jour et nuit, nuit et jour. Un an, c’est loin pour un moineau, mais son cœur le guidait. Enfin il retrouva la côte, puis la forêt, puis l’arbre. Il avait peur. Si peur. Alors il pensa à ses amis et il entonna un chant tout doux, le chant de son cœur, un chant qui demandait pardon, un chant qui parlait d’amour, un chant d’éveil. Il ne savait toujours pas si ses amis étaient encore là, mais il sentit des animaux s’approcher et écouter, comme au premier jour. La magie était là, il ouvrait son cœur. C’est alors qu’il l’entendit : d’abord timide, un voix lui répondait. Elle semblait triste, puis en colère, puis plus douce et aimante. La petite femelle moineau le rejoignit sur sa branche et le regarda dans les yeux. Ce qu’il vit le fit frissonner jusqu’au bout de ses ailes. L’amour venait de le sauver. »

Et que la Lumière nous accompagne pas à pas !